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La Bête du Gevaudan...
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La Bête du Gevaudan...  Répondre en citant  

Une autre histoire ou légende qui m'a toujours fascinée...

Celle de la Bête du Gevaudan !


Non non ! Je ne suis pas bizarre dans les histoires qui m'attirent même si certaines sont tragiques ou glauques vu celle-ci.


Je vais essayer de vous faire partager ma fascination pour la Bête. Le film de Christopher Gans "Le Pacte des Loups" lui rend irrémédiablement raison. Il a su bien orchestré son film en partant des documents d'époque et des divers témoignages apportés au fil du temps.
Message 02/05/2007 21:42:43
 
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Message 02/05/2007 21:42:43
 
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La Bête du Gevaudan...  Répondre en citant  

En 1764, le Gévaudan est ravagé par la terreur : une bête mystérieuse égorge et tue femmes, enfants et vieillards…Le Roi en personne envoie son Grand Louvetier et ses soldats vaincre le monstre….

"Qui croire? Un homme a vu la Bête traverser la rivière à gué sur les deux pattes de derrière : pour lui, ce ne peut être qu'un singe ou un loup-garou. Un autre prétend qu'elle a la gueule presque semblable à celle d'un lion, mais bien plus grande. Il faudrait pouvoir vérifier tous ces dires, mais, pour l'instant, qui a vu de trop près la Bête s'est fait dévorer..."

Cette Bête qui a fait connaître le Gévaudan jusqu'en Allemagne et en Hollande n'est pas un mythe : les documents les plus officiels prouvent qu'elle a fait au moins une centaine de victimes, sans compter les blessés. Mais dès le temps où elle sévit, on a imaginé à son propos les histoires les plus étranges ; par la suite, on a voulu faire d'Antoine de Beauterne un imposteur, de Jean Chastel un sorcier, de son fils cadet un meneur de loups. D'autres ont attribué les meurtres à un sadique déguisé en bête…
Message 02/05/2007 21:44:38
 
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La bête du Gévaudan mythe et réalité


Nous avons par bonheur sur la Bête une masse d'archives : extraits de registres paroissiaux relatant la mort des victimes ; lettres précises et circonstanciées de l'excellent syndic Lafont, subdélégué ( sorte de Préfet ) pour le Gévaudan, qui rend un compte régulier des meurtres et des résultats des chasses à l'Intendant du Languedoc, M. de Saint-Priest, à Montpellier; réponses de l'Intendant ; correspondances entre les diverses autorités, rapports de Duhamel, des d'Enneval, d'Antoine, chargés successivement de détruire la Bête ; rapports de médecins, chirurgiens, notaires ayant examiné les loups tués.
Des nombreux ouvrages écrits sur la Bête, deux sont essentiels : celui de l'abbé Pierre Pourcher, bourré de documents d'archives, irremplaçable ; celui de l'abbé Xavier Pic, plus récent, utilisant les dernières découvertes et combattant avec énergie les folles hypothèses échafaudées sur le fabuleux animal.

Les ravages de la Bête ont commencé en juin 1764 et se sont poursuivis jusqu 'en juin 1767. Les plus meurtries parmi les paroisses-on ne parlait pas encore de communes-furent celles de l'actuel canton de Saugues, qui appartenait alors au Gévaudan et fut rattaché à la Haute-Loire à la Révolution.

Le fléau, venu du Vivarais et de la région de Langogne, se déplaça vers Châteauneuf et Rieutort de Randon, puis se limita, du moins en Gévaudan, à un cercle d'une trentaine de kilomètres autour du Malzieu.
Message 02/05/2007 21:45:56
 
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Les dragons de Duhamel


Premières victimes

"La première personne qu'elle attaqua, fut une femme près de Langogne ; mais des bœufs qui arrivèrent à temps la secoururent; elle n'eut d'autre mal que ses habits déchirés".

La première victime officiellement recensée est Jeanne Boulet, de Saint-Etienne de Lugdarès, enterrée le 1er juillet 1764, dit le registre de la paroisse, et morte " sans sacrements, ayant été tuée par la bête féroce".

Le premier meurtre circonstancié se déroula le 6 septembre, à Arzenc de Randon. Vers 7 heures du soir, une femme de 36 ans fut surprise dans son jardin : la Bête lui sauta au cou, lui perça la veine, se mit à laper son sang. Des gens accoururent, armés de haches et de fourches, et la mirent en fuite.

Dix jours plus tard, un petit berger de Saint-Flour de Mercoire revenait le soir du pâturage ; la Bête se rua sur lui, le renversa, lui ouvrit le ventre ; ses vaches, qui auraient pu le protéger, marchaient trop en avant : il mourut seul et sans secours, sur le chemin.

Dés le début, quand la Bête opérait encore dans la région de Langogne, le syndic de Mende, Lafont, en accord avec le compte de Moncan, commandant les troupes à Montpellier, lui avait fait donner la chasse par le capitaine aide-major Duhamel et par ses dragons, des Volontaires de Clermont, dont 4 Compagnies étaient en résidence à Langogne et à Pradelles ; Duhamel avait fait armer les paysans des villages et dirigé des battues, fouillant en particulier la forêt de Mercoire.

A Rieutort de Randon, le 28 septembre, une petite bergère de 12 ans ramenait son bétail ; elle était à 50 pas de la maison et sa mère, du seuil de la porte, la regardait venir. Soudain, d'une roche dominant le chemin, elle vit une bête sauter sur elle. Vite elle y courut avec ses deux fils : l'enfant était déjà méconnaissable, déchiquetée, à demi dévorée.

Le 10 octobre, au Bergounhoux, de Fontans, deux frères de 13 et 6 ans et leur sœur de 10 ans ramenaient les bestiaux du pâturage : " la Bête, écrit Lafont à l'Intendant, se lança de derrière un buisson, où elle s'était tenue cachée, sur la fille qui fut renversée. Ses deux frères, qui avaient chacun un bâton au bout duquel ils avaient attaché un couteau, eurent assez de courage ou de tendresse pour leur sœur pour foncer avec ces couteaux sur la Bête qui, dès qu'elle se sentit piquée, prit la fuite. La jeune fille fut blessée d'un coup de dent à la joue et d'un coup de griffe à un bras ". La Bête n'était donc ni invincible ni insensible aux coups : de simples enfants, s'ils n'étaient pas surpris et faisaient front, parvenaient à la mettre en fuite.
Message 02/05/2007 21:47:50
 
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Portraits de la Bête

Voici, à travers quelques documents de l'époque, comment on imaginait et décrivait la Bête "qui mangeait le monde".

Selon tous ceux qui l'ont vue, écrit à Séguier de Nîmes un gentilhomme du Gévaudan, M. de la Barthe, à la fin d'octobre
1764, " cette Bête a la tête large, très grosse, allongée comme celle d'un veau et terminée en museau de lévrier ; le poil rougeâtre, rayé de noir sur le dos, le poitrail large et un peu gris, les jambes de devant un peu basses, la queue extraordinairement large et touffue et longue. Elle court en bondissant, les oreilles droites ; sa marche au pas est très lente. Quand elle chasse, elle se couche, ventre à terre et rampe : alors elle ne paraît pas plus grande qu'un gros renard. Quand elle est à la distance qui lui convient, elle s'élance sur sa proie et l'expédition est faite en un clin d'œil…Sa taille est plus haute que celle d'un grand loup. Elle est friande du sang, des tétons et de la tête…revient, lèche la terre s'il y a du sang.

Mais le même Labarthe rectifiait, dans une lettre du 20/02/1765 : "… Personne ne l'a vue… Pas de griffes, puisqu'elle n'en a jamais fait usage : toutes les plaies viennent des dents. La taille a beaucoup baissé… Les jambes sont allongées… En un mot, on ne sait absolument rien ! … Eu égard à sa grande timidité, ce n'est qu'un loup carnassier…Nous n'en doutons plus ici ".

Le capitaine Duhamel, dans une lettre à l'Intendant d'Auvergne où s'étale une grande naïveté, disait que la Bête "avait la taille d'un taureau d'un an… les pattes aussi fortes que celles d'un ours, avec six griffes (!) à chacune… le poitrail aussi long que celui d'un léopard ; la queue grosse comme le bras… Ce monstre doit avoir pour père un lion. Reste à savoir quelle est la mère !"

Le curé d'Aumont, Trosselier, dans une relation (accompagnée d'un dessin de sa plume) faite par lui, à l'époque même, dit que la Bête "tantôt paraît fort grande et tantôt très petite… Elle se redresse parfois sur ses deux jambes de derrière et "badine" de ses pattes de devant"… Serait-ce un singe ? Mais non : elle n'en a ni le corps ni la piste. Elle a des yeux de loup "étincelants de feu et de rage"… Fort leste, elle passe très vite d'un autre côté pour vous sauter dessus… Un tel l'a vue "grande comme un âne, poitrail large, tête et col gros, le museau comme celui d'un cochon."

Les dessins que publiaient les journaux de cette bête "farouche et extraordinaire" ou les estampes qu'on vendait n'étaient pas moins fantasmagoriques !
Message 02/05/2007 21:51:44
 
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Malgré les battues le carnage continue

Mercier et les chasseurs de Mende arrivent, le 25 octobre 1764, à Saint-Alban, où le comte de Morangiès va organiser une grande battue. Elle a lieu le dimanche 28, avec 10 000 hommes environ, de Saint-Chély, Aumont, Rimeize, Javols… La chasse doit reprendre le 30 : une neige abondante y met obstacle.

Sur l'intervention de Lafont, le capitaine Duhamel se transporte à Saint-Chély avec 57 dragons, (40 à pied,17 à cheval) et loge chez l'aubergiste Grassal. Les dragons auront un surcroît de solde payé par le diocèse : dix sols par jour quand ils seront en campagne, cinq sols les autres jours.

Duhamel fait sa première chasse le 11 novembre, avec les paroisses du Fau, de la Fage-Montivernoux, de la Fage Saint-Julien. Sans résultat.

Après plus d'un mois d'interruption, le carnage reprend le 25 novembre. Une pauvre femme de 60 ans, Catherine Valy, de Buffeyrettes, près d'Aumont, surnommée la Sabrande, gardait sa vache unique quand la Bête l'a attaquée… On laisse ses restes sur place jusqu'au 28, avec les dragons en embuscade, dans l'espoir que la Bête y revienne : elle ne revient pas.

Beaucoup supposent alors qu'il y a plusieurs "bêtes", deux tout au moins… Et les dragons de Duhamel ne sont pas aussi inefficaces qu'on le dit : ils ont pris ou tué, en peu de temps, 74 loups !

Depuis le meurtre de la Sabrande, rien à signaler, pendant près de quatre semaines. L'espoir commence à renaître.Mais le 21 décembre, consternation ! Au Fau-de-Peyre, une fillette de 12 ans a été attaquée dans son jardin et sa tête emportée. Duhamel poste en vain ses gardes, pendant deux nuits, près du cadavre.

Est-ce la même bête qui, six jours avant, le 15, avait dévoré en partie (emportant la tête à 100 pas) une femme de 45 ans, Catherine Chastang, à près de 50 km au nord-est, à Védrines-Saint-Loup ? Les gens de l'Auvergne, en tout cas, ne tiennent pas à voir les dragons venir piétiner leurs cultures et organisent tout seuls les battues.

Les attaques continuent sur les pentes de la Margeride et au sud d'Aumont. Le 28 décembre, c'est à Saint-Martin du Born (jamais la Bête ne descendra plus au sud et si près de Mende) qu'une fillette de 12 ans est attaquée et défendue tant par son frère que par le secours des vaches bien encornées.
Message 02/05/2007 21:53:26
 
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" Le Seigneur irrité l'a lancée contre vous "

L'évêque de Mende, Mgr de Choiseul-Beaupré, envoya, le 31 décembre 1764, un mandement sur la Bête aux paroisses et communautés religieuses du diocèse.

Il évoquait la colère divine et les malheurs qui avaient suivi une longue guerre dévastatrice : mortalité des bestiaux, grêles et orages ayant privé le laboureur du pain nécessaire à sa subsistance… Puis ce fléau extraordinaire qui porte la marque "visible de la colère de Dieu contre ce pays" : "une bête féroce, inconnue dans nos climats, y paraît tout à coup par miracle", laissant partout des traces sanglantes de sa cruauté ; Bête qui "joint à la force la ruse et la surprise". Le monstre anthropophage "fond sur sa proie avec une vitesse incroyable…se transporte dans des lieux différents et très éloignés les uns des autres ; il attaque de préférence l'âge le plus tendre et le sexe le plus faible".

La Bible offre maint exemple, poursuit l'évêque, d'animaux envoyés par Dieu pour châtier les humains : les serpents du temps de Moïse ; les ours qui vengèrent le prophète Elisée en dévorant 42 des enfants qui s'étaient moqués de lui ; le lion qui tua le messager coupable de ne pas avoir tout dit à Jéroboam…

La Bête, "c'est le Seigneur irrité qui l'a lancée contre vous". Elle exécute les arrêts de mort prononcés par la justice divine. "Si elle tue vos enfants, n'est-ce point parce que vous les élevez mal, dans l'ambition, l'orgueil, le mépris des pauvres ?"

L'évêque stigmatise la coquetterie des filles, "chair idolâtre et criminelle qui sert d'instrument au démon pour séduire et perdre les âmes" et qui mérite ainsi "d'être livrée aux dents meurtrières des bêtes féroces". Mais l'iniquité n'est pas l'apanage du sexe et de la jeunesse : elle est générale !

Cependant l'animal, si terrible soit-il, "n'est pas à l'épreuve du fer et du feu… Il tombera infailliblement sous les coups qu'on lui portera", dès que Dieu le voudra. Il faut prier pour hâter cette heure. Le prélat prescrit donc des prières (celles des Quarante heures) dans toutes les églises, pendant trois dimanches consécutifs.

En attribuant à la Bête le caractère d'un fléau divin, l'évêque garantissait l'origine surnaturelle de l'animal !
Message 02/05/2007 21:57:01
 
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…Et commence l'année terrible

L'année 1765 est celle qui vit le plus grand nombre de victimes. Mais quand on examine attentivement l'ordre des meurtres ou des attaques ( et ce n'est point d'une complexité telle qu'on ait besoin d'ordinateur ; il suffit de regarder le tableau des victimes dressé) on voit qu'entre plusieurs meurtres commis dans la région de Saugues (Chanaleilles, Grèzes, Chanaleilles, Grèzes) s'en intercalent d'autres commis du côté de Fournels et de Marchastel : repérez les lieux sur la carte et vous trouverez étonnant que la Bête opérant dans les parages de Saugues soit allée entre temps vers l'Aubrac et revenue avec tant de précision sur l'ancien théâtre de ses meurtres ; il est bien plus logique d'admettre qu'elle y est restée et qu'une autre opérait à Saint-Juéry et Maurines.

Le 15, à la Bastide-de Lastic, une vaillante fille de 20 ans, Catherine Boyer, était occupée à répandre du fumier : la Bête s'approchait d'elle en tapinois, lui rongeait une partie du crâne, lui enlevait une oreille. La fille l'empoignait hardiment par une patte ; délivrée à temps, conduite à l'hôpital de Saint-Flour, elle guérissait de ses blessures.

Duhamel, souvent prévenu en retard, ne savait où donner de la tête. Il était d'ailleurs, au début du mois, reparti à Langogne ; mais on l'avait rappelé et le 10 il se trouvait de nouveau à Saint-Chély. De là, il allait battre, vainement, les bois de Saint-Juéry.

Le 23 janvier, entre Julianges et Lorcières, Jeanne Tanavelle, épouse Chabannes, 25 ans, rentrant à son village de Chabanolles à la nuit tombante, se défendit longtemps avec un mauvais couteau contre la "dévoreuse", qui lui coupa finalement la tête et l'emporta à deux cents pas. Le corps fut retrouvé à demi enfoui, la poitrine mangée : on l'enleva. La Bête revint le lendemain sur les lieux et hurla, dit-on, toute la nuit. Le même jour, à Venteuges, la Bête sautait le mur d'une cour de ferme et emportait un enfant de 3 ans.

En cette fin janvier, les autorités sont vivement émues. On annonce que le roi paiera 6 000 livres à qui tuera la Bête ; Cette prime s'ajoute à celle de 200 livres promise par le diocèse de Mende, 200 par celui de Vivuers, 1 000 par l'évêque de Mende, 2 000 par les Etats Généraux du Languedoc : au total cela fait 9 400 livres, une assez belle fortune pour l'époque.
Mais il nous faut revenir au 12 de ce mois et aux enfants de Chanaleilles.
Message 02/05/2007 21:57:58
 
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L'exploit d'André Portefaix

Cinq garçons et deux filles, tous armés d'un bâton avec une lame de couteau fixée au bout, gardaient les troupeaux à la Coustasseire, du Villeret, une village au nord de Chanaleilles. Tout à coup la Bête fut là. Les enfants dégainèrent leurs lames et s'apprétèrent à combattre, dirigés par le plus vaillant, Jacques André Portefaix, 12 ans. Le jeune chef rangea sa troupe en bataille sur trois rangs : lui en tête, avec les deux autres grands garçons de 12 ans, Jacques Coustou et Jean Pic ; les deux filles, 9 ans, au milieu ; au dernier rang les benjamins, 8 ans : Joseph Panafieu et Jean Veyrier.

La Bête tourne pour éviter les lames de la première ligne ; les enfants tournent aussi, pour continuer à lui faire face. Mais elle, plus rapide, saute à la gorge du petit Panafieu qu'elle terrasse. Les trois grands, de leurs piques, l'obligent à lâcher prise. L'animal recule de deux pas, emportant et dévorant un lambeau de la joue droite du garçon ; puis il revient avec plus de fureur, tournoie et saisit cette fois l'autre petit garçon, Jean Veyrier, qu'il renverse. Poetefaix, Coustou et Pic font reculer le monstre à coups de piques : mais il reprend aussitôt le garçonnet et d'un coup de dents lui perce les lèvres. Repoussé encore, il revient à la charge, prend l'enfant par un bras et l'emporte.

Portefaix a l'idée de diriger la Bête vers un bourbier tout proche : il fait signe à Coustou de passer d'un côté, lui passe de l'autre et la manœuvre réussit. L'animal s'arrête bientôt, ses pattes s'enfoncent. Les deux grands le rejoignent. Mais Pic, le troisième grand, découragé, est d'avis d'abandonner la petite victime et de se sauver pendant que la Bête le mangera… "Non ! s'écrie Portefaix. Il faut le délivrer à toute force !"
Tous alors suivirent ce capitaine courageux, même le petit à la joue emportée. "Visez la tête, crie Portefaix, les yeux, la gueule…"

La Bête tient toujours l'enfant sous une de ses pattes, mais sans lui faire de mal, trop occupée à se défendre. Un coup mieux ajusté d'André est efficace : la Bête fait un bond en arrière et lâche l'enfant. André se place aussitôt entre le petit et l'animal. Janou se lève, en s'accrochant à la veste de son sauveur. La Bête monte sur un tertre : ils la suivent. Alors elle abandonne la partie et disparaît.

Pour tant de "courage, de détermination, d'habileté", André Portefaix reçut du roi 300 livres ; il fit des études payées par l'Etat et devint officier d'artillerie. Les autres enfants se partagèrent 300 livres.
Message 02/05/2007 21:59:05
 
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Le Gévaudan lassé des dragons

A Javols, le 1er février 1765, un enfant de 8 ans est enlevé devant la porte de la maison, traîné sur deux cents pas ; poursuivie par le père et par un chien, la bête lâche prise ; l'enfant est blessé au coup, il a l'œsophage ouvert : pourtant il guérira.

La mère était malade au lit ; le père avait d'autres soucis que de prévenir Duhamel…Averti par d'autres voies, celui-ci envoie ses dragons chez le fermier ; ils y passent la nuit, se font bien nourrir, en ayant garde, sans doute, de payer, et au point du jour ils demandent des cordes au malheureux père : c'est pour le garrotter et l'emmener !

M. de Labarthe proteste avec énergie auprès de l'Intendant du Languedoc contre ces brutalités inhumaines dont son fermier a été l'objet : "Les Dragons, dit la lettre, traitent le Gévaudan en pays de conquête, exigent sans payer… Les chevaux, aussi nécessaires qu'une troisième roue à un chariot, détruisent les récoltes… Les plaintes se multiplient et le paysan est au désespoir". La lettre fait du bruit ; Lafont, alerté, excuse et défend de son mieux Duhamel et ses dragons ; mais ceux-ci sont vraiment devenus indésirables.

Duhamel va pourtant organiser deux grandes chasses ; la première a lieu le 7 février, avec une centaine de paroisses, 73 du Gévaudan et une trentaine de l'Auvergne, soit environ 20 000 hommes. Chaque communauté doit battre son terrain, village par village. Ce jour-là, 15 centimètres de neige couvrent la terre. Entre 10 et 11 heures, la Bête est levée par les chasseurs de Prunières et descend vers la Truyère qu'elle passe à la nage. Sur l'autre rive, personne : les hommes du Malzieu sont restés tranquillement chez eux. Le vicaire de Prunières et 10 paroissiens traversent courageusement la rivière, retrouvent la piste, la perdent dans les grands bois…A 13 heures, le valet de ville et des paysans du Malzieu voient la Bête, la tirent : elle crie, tombe, se relève, disparaît…

Le surlendemain, 9 février, vers 15 heures, ne fillette de 12 ans, Maris-Jeanne Rousset, de Mialanettes ( paroisse du Malzieu), a la tête coupée et emportée par la Bête, que des paysans poursuivent : on retrouve cette tête toute rongée, sauf les yeux. Le corps reste exposé, avec pièges tendus et Dragons embusqués à l'entour : vainement.
Une seconde chasse a lieu le 11 février, malgré la neige et le vent violent ; elle est parfaite et sans incidents, mais aussi sans résultats, bien que les comtes de Morangiès et d'Apcher (avec son fils) y aient participé.
Cependant la communauté du Malzieu reçoit un blâme et son consul est incarcéré.
Message 02/05/2007 22:01:18
 
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Un grand chasseur venu de Normandie




Denneval...


L'insuccès de Duhamel ne laissait pas d'inquiéter la Cour, qui décida d'envoyer en Gévaudan un vrai et célèbre chasseur de loups, qui en avait, disait-on, tué plus de 1 200 : le gentilhomme normand Denneval. Son fils, capitaine au régiment d'Alençon, devait l'accompagner. Ils vinrent avec un valet et six limiers de la plus grande taille "parfaits pour le loup" ; un piqueur, et deux chiens ; bien décidés à ne point repartir que la Bête n'eut succombé !

Le 17 février 1765, les Denneval étaient à Clermont et le 19 février à Saint-Flour. Le père avait fait un crochet par la Chapelle Laurent, où la Bête venait d'attaquer, et vu combien kle pays était accidenté : "Cette Bête, écrivait-il, n'est nullement facile à avoir !" Il notait déjà : "elle ne marque que quatre doigts à la patte, comme un loup…" Et aussi : "Comme il y a beaucoup de loups, peut-être leur donne-t-on le nom de Bête !"

Les Denneval étaient en Gévaudan début mars et leur plus grand souci fut de faire décamper Duhamel et ses dragons, pour avoir l'exclusivité de la chasse et des primes promises. Ils firent intervenir, depuis Versailles, le Contrôleur Général l'Averdy ; et bientôt Moncan rappelait Duhamel, qui gagnait, le 8 avril, avec ses dragons, sa nouvelle affectation à Pont-Saint-Esprit. Le curé d'Aumont, Trosselier, dans sa relation manuscrite, a porté sur Duhamel ce jugement : "Il se donna beaucoup de peine et ne fit rien."

Durant le mois de mars, les Denneval se mettaient lentement à l'ouvrage et les morts se faisaient plus nombreuses. Le 8, à Albaret-le -Comtal, par exemple, une fillette de 10 ans est dévorée : la Bête lui coupe la tête, lui mange un sein, une épaule, un bras. Elle se fait de plus en plus hardie. Le 13, à Albaret-Sainte-Marie, on lui arrache le petit garçon qu'elle avait saisi devant sa porte : furieuse, elle égorge en partant un cochon et un mouton. A Prunières, ce même jour, elle prend un autre petit garçon qu'on lui arrache.
Message 02/05/2007 22:03:10
 
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Le combat héroïque d'une mère pour sauver son enfant

Jeanne Chastang, épouse Jouve, habitait le mas de la Veyssière, près du Rouget, paroisse de Saint-Alban. Agée de 35 à 40 ans, "de faible et mince complexion", cette mère de six enfants avait, ce 13 mars, les trois derniers prendre le repas de midi au soleil, dans le jardin, à 10 pas de la maison. Ils revenaient : le petit de six ans marchait devant elle; sa fillette, 9 ans, la suivait, portant le dernier-né, 14 mois.

Soudain, Jeanne entend une pierre tomber de la muraille et se retourne : sa fille , serrant toujours le bébé, est à terre et la Bête la tient par un bras. Vite, elle se jette sur l'animal. La fillette, délivrée, se relève. La Bête se retourne alors vers le garçon de six ans : la mère se place devant lui, reçoit le choc de l'animal qui la renverse pour s'élancer sur le petit.
La femme Jouve s'est relevée… et va livrer un combat que décrit en détail le curé de Saint-Alban, Béraud, dans une lettre à l'évêque datée du lendemain.

"Elle s'élance de côté sur l'animal, le serre de ses genoux et lui prese le col contre sa poitrine de ses faibles bras. L'animal tombe et s'agite et secoue cette femme, qui se relève et revient au combat. Ce combat recommence jusqu'à huit et dix fois". Jeanne est griffée sur tout le corps, jetée à terre plusieurs fois. Enfin, la Bête emporte l'enfant au bout du jardin. Armée d'une pierre, Jeanne " vole " sur l'animal et lui frappe la tête à coups répétés.

Elle est encore renversée. La Bête, avec sa proie, s'apprête à franchir la clôture de broussailles pour sauter dans le pré, deux mètres plus bas. Jeanne saisit la Bête par la queue et saute avec elle. Elle tente de dégager la tête de l'enfant prise entre les crocs du monstre ; mais l'animal lui souffle avec violence au visage et se sauve sans lâcher l'enfant, à travers prés. Elle a bientôt cent pas d'avance sur la mère.

Par bonheur les cris de Jeanne sont entendus de son fils de 13 ans, qui se trouve à la porte de l'étable. Il accourt avec le chien, hallebarde à la main.

Le dogue assaille la Bête à la tête et la renverse à terre. "Le garçon donne à la Bête par derrière un coup de sa hallebarde, qui n'entre point ; mais la Bête a lâché l'enfant et monte en un champ. Le chien… l'attaque encore ; mais l'animal le rejette à quatre pas et disparaît. Le petit garçon se relève couvert de son sang et court vers sa mère ". Il a le nez déchiqueté, la peau du crâne emportée ; il mourra trois jours plus tard. La mère et la fillette n'ont aucune plaie.

L'héroïsme de cette femme émut le roi lui-même, qui lui fit donner une gratification de 300 livres. Et les estampes représentèrent à l'envi sa lutte héroïque.

Le 29 mars, au Cheylaret, de Javols,le petit François Fontugne, 9 ans, fut emporté à travers bois et réduit dit le registre de la paroisse, "en un état d'horreur" : poitrine et ventre ouverts, cœur et poumons mangés, crâne rongé. Près des restes exposés, les chasseurs attendirent, sans résultat, toute la nuit suivante.
Message 02/05/2007 22:06:34
 
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Ni troupes, ni armes les seuls Denneval

Aux Etats Particuliers du Gévaudan, réunis à Mende, le 26 mars, le syndic Lafont préconisa diverses mesures : demander à la province un corps de troupe de 1 000 à 1 200 hommes pour surveiller les passages et diriger les battues,--corps que pourrait commander un officier du pays, le comte de Morangiès ; lancer une centaine de bons braconniers, par groupes de quatre au plus, à la chasse de la Bête ; organiser, dans les villages, la garde en commun des troupeaux par deux ou trois hommes armés, en laissant à la maison les enfants, victimes désignées…

L'Intendant répond : ni troupes ni armes ; il faut laisser agir Denneval, doté des pleins pouvoirs, en lui donnant toutes facilités.

Lafont, docile fonctionnaire, demande par circulaire du 12 avril aux consuls des Communautés (ou paroisses) : de prévenir Denneval par exprès, dès qu'une personne est égorgée ou blessée; de laisser les cadavres sur place; de préparer une grande battue pour le dimanche 21 avril, où l'on traquera " aussi " les loups rencontrés.

A Mende, gentilshommes et gens importants du pays offrent leur aide bénévole aux Denneval : mais ceux-ci, visiblement, ne tiennent guère à ces concours.

En ce mois d'avril 1765, on mentionne six ou sept victimes.

Après la première grande chasse des Denneval, le 21 avril, qui réunit vainement 20 paroisses, une autre battue eut lieu le 23 ; une louve, levée près d'Arzenc de Randon, fort maltraitée par les chiens--elle en mit cependant deux hors de combat !-fut trouvée à bout de forces dans un bois de la Panouse ; chacun des paysans la gratifia d'un coup de baïonnette. Portée à Mende, elle fut ouverte par un chirurgien et un médecin : on lui trouva dans les boyaux plusieurs os rongés (d'humains ou de bêtes, ce fut impossible à dire), trois chiffons de toile à chemise, deux lambeaux rouges de tabliers. Elle ne pesait que quarante et quelques livres et n'avait pas encore porté ; mais on pouvait avec quelque raison, la soupçonner d'anthropophagie.

Le 30 avril, une chasse générale mobilisa 56 paroisses. Les chasseurs, en refermant un vaste cercle, devaient tous converger vers le Truc de la Garde, entre Saint-Privat du Fau et Chanaleilles. Ils pataugèrent en vain dans la neige jusqu'à mi-jambe. Ceux de Saugues, cependant, virent "la Bête", comme ils rentraient chez eux et la tirèrent ; elle se sauva à la faveur de la nuit, dans les bois de Servières.
Message 02/05/2007 22:07:47
 
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La Bête blessée par les Marlet de la Chaumette

Le 1er mai, la Bête se manifesta à la Chaumette, à trois km à l'est de Saint-Alban. Nous avons plusieurs relations de cette journée mémorable : la plus précise est celle de Trophime Lafont, le frère du syndic.

Les frères Marlet, de la Chaumette, étaient tous trois, ce jour-là, dans leur maison. Un berger de 15 ans gardait les vaches, à 250 pas de l'habitation. L'aîné des Marlet vit soudain la Bête, assise sur ses pattes de derrière, épiant le berger. Il appela vite ses deux frères, dont l'un était ecclésiastique. La Bête entendit…elle traversa le pâturage, à découvert.

Les trois frères sortent avec leurs fusils et l'abbé tente de rabattre l'animal vers les deux autres, qui sont allés s'embusquer sur une hauteur dominant la Devèze. La Bête s'esquive mais tombe sur des paysans et doit revenir en arrière. Le cadet des marlet la tire à 67 pas : le "lingot" la touche et la fait rouler sur elle-même deux ou trois fois. L'aîné approche et, à 52 pas, tire : c'est un coup à trois balles. La Bête tombe, se relève, et s'enfuit, en perdant beaucoup de sang : ce sang jaillissait vers la droite, à près d'un mètre de la piste, "avec autant d'abondance que celui d'un cheval qu'on a saigné au col".

Et pourtant elle échappe ! La nuit vient, on doit cesser la poursuite. Les Denneval sont là le lendemain : on relève des traces de sang à onze endroits précis.

L'aîné des Marlet, de la Chaumette, a la réputation d'un homme sérieux et d'un excellent tueur de loups ; il est persuadé que la Bête, dont le col était ensanglanté, ne peut survivre.

Cependant la série d'attaques au nord-est du mont Mouchet ne s'est pas interrompue. Le 2 mai, au Pépinet, de Venteuges, une femme de 50 ans est tuée : la Bête, dit le comte de Morangiès, "lui a coupé le sifflet d'un seul coup" : en fait, un coup de dents a percé le gosier, un autre enlevé une joue. Lafont supposera, avec raison, qu'il s'agit d'une bête différente.
Message 02/05/2007 22:09:24
 
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Un jour de foire au Malzieu

La journée du 24 mai est tragique. C'est, au Malzieu,la grande foire du jardinage. Pendaant que les paysans se pressent autour des bestiaux et que les femmes s'affairent près des étals, une fille de 20 ans, Marguerite Martin, est attaquée, à 8 heures du matin, un peu au nord de Saint-Privat du Fau et blessée dangereusement . Deux bovins la délivrent, mais le curé vient la confesser sur place et elle mourra trois jours après.

La Bête, privée de sa proie, s'en va attaquer, à un km au nord, un garçon de 11 ans, à Amourettes, de Julianges : le garçon, heureusement, est secouru. La Bête fait encore un km vers l'ouest et au Mazet, de Julianges - le village natal de l'abbé Pourcher - elle attaque un garçonnet et une fillette : lui se défend avec un petit couteau ; mais elle, Marie Valès, 13 ans, est dévorée "avec fureur" ; le cadavre, décapité, est traîné au plus épais du bois ; le tronc et les cuisse sont en partie dévorés. Denneval fera empoisonner les restes, mais c'est paine perdue. On les enterre le cinquième jour.

L'impuissance des Denneval, face à tous ces massacres, devenait de jour en jour plus éclatante. Une lettre du comte de Morangiès à Lafont, datée du 3 mai, flétrit "l'effronterie de ces normands, qui n'ont d'humain que le nom". Les habitants de Saint-Alban et de Saugues, souligne le vieil officier, sont indignés : on les emploie des jours entiers à des chasses lointaines, mal organisées. Encore si ces " gens-là " payaient de leur personne ! Mais ils songent surtout à un gain sordide, ces aventuriers, occupés "à vider des pots avec la crapule du Malzieu".

Lafont transmet ces doléances à Saint-Priest dans une lettre du 23 mai ; et cet homme toujours si bienveillant se montre cette fois sevère pour les chasseurs venus d'Alençon. Denneval est vieux, explique-t-il, et ne s'éloigne guère du Malzieu, sa résidence. Lui qui a tué tant de loups en Normandie n'a pu, depuis trois mois, en tuer un seul dans le Gévaudan, "qui en est cependant bien pourvu" ! Il semble redouter d'exposer ses chiens, d'ailleurs trop faibles pour de telles chasses…Par leur ton de supériorité, le père et le fils ont choqué beaucoup de monde. On les dit bien protégés par le ministre, ce qui expliquerait leur superbe. Ils se flattent d'avoir massacré beaucoup de loups : or "chaque année à cette époque on en tue dans le diocèse une quarantaine en deux mois".
Message 02/05/2007 22:11:06
 
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Message 18/08/2017 04:06:47
 

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